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  • : Les tribulations d'une mère devant gérer boulot, vie perso, vie familiale et schtroumpf
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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 11:14

Parce que Madame Mère et Madame Belle-Mère se sont exprimées (ici et ) puis Monsieur Père (ici aussi) est venu rétablir un peu l'équilibre, au tour maintenant de Monsieur Fils de nous parler de son expérience, tiraillé entre Père et Mère.

 

Un grand merci @NoeBishop d'avoir bien voulu transmettre son ressenti.

 

"Je suis un briseur de couple. A l'ancienne. J'ai commencé par celui de mes parents, le plus simple. A l'âge de six mois, Monsieur Père était parti à 600 km de là. Pour mes quatre ans, ils m'ont offert leur divorce.

 

Que ce soit bien clair ; je n'ai jamais regretté que mes parents se soient séparés. En ces temps où la société semble s'interroger gravement sur le sens de l'amour, de l'engagement et de la filiation, j'ai vite compris que j'étais un enfant de l'amour, que chacun d'eux m'aimait, mais qu'un élément de cette triangulation était parti en RTT du côté des Bermudes.

 

L'avantage de n'avoir jamais vu ses parents s'embrasser, c'est de pouvoir grandir dans une réalité stable. Certes, les copains ont les deux parents à la maison, moi je les ai chacun de son côté. On en rigole, je leur raconte les avantages (deux anniversaires, deux Noël, les vacances perpétuelles en été, un logis tout entier consacré aux loisirs). Pourtant, en grandissant, on voit le passé, les photos, les films de l'histoire tempétueuse qui les a unis, et dont je suis le point d'orgue. Le témoin uchronique de leur mariage.

 

Chacun d'eux vit sa vie. Sans me demander mon avis, fort heureusement. Je vois des hommes qui passent. Des amis, pour la plupart. Madame Mère pensait en effet que me donner des repères masculins serait important pour mon développement psychoaffectif (MOTDIESELOLILOL). 

 

Du côté de Monsieur Père, on ne traîne pas. La belle organiste devient Madame Belle-Mère pour mes 5 ans. Elle fait des gâteaux, me raconte des histoires. Avec elle, rentrent aussi dans ma vie ses frangins, sa nièce, sa mère, sa tante, une famille de substitution, de proximité, étrangement normale quand je la compare à la mienne.

 

Je suis celui qui développera une passion pour l'odeur des voitures, passant tous les quinze jours de l'une à l'autre sur une station d'autoroute. Puis un amour déraisonnable du train, quand vous ne fûtes plus capables de vous adresser la parole. 

 

Je suis celui qui ne comprendra pas pourquoi il ne fallait plus dire "Maman" quand on était chez Papa. Et rapidement, qui comprit qu'il ne fallait même plus l'appeler Papa, parce que cela rappelait à ma marâtre son incapacité à obtenir de mon géniteur ce que sa prédécesseur avait, par un bienheureux miracle, accueilli.

 

Je suis celui qui sortait les gros plats du four, et Mme Belle-Mère, de Fivette. Je suis celui qui priait en silence pour que la mayonnaise ne prenne pas. 

 

Je suis celui qui a passé ses week-ends pendant deux ans dans une maison lugubre, habitée de la seule arrière-grand-mère et des lourds fantômes de cette famille de tarés, parce que Madame Belle-Mère ne supportait plus mon sourire sous son toit.

 

Je suis celui qui a assisté au procès entre ses parents. Qui a épongé, sans jamais les transmettre, leurs reproches sur ma propre éducation, ma vie culturelle, sportive, affective, sociale. 

 

Je suis celui qui couvrait les mensonges de tout le monde, quand nous passions nos vacances dans la famille de Monsieur Père avec... Madame Mère.

 

Je suis celui qui a toujours tenté de maintenir un lien entre tout le monde. Celui qui a assumé cette charge, seul, quand Monsieur Grand-Frère a décidé que c'en était trop pour lui. Pendant 7 ans.

 

Je suis celui qui ramenait les chèques. Je suis celui qui ne disait pas qu'il avait peur. Et que cela rendait malade au point de culminer à 37 journées d'absence (la moitié des lundis, beaucoup de mardis) en troisième. L'année de ses premières amours.

 

Je suis celui qui a patiemment reconstruit des ponts, et une relation de confiance avec Madame Belle-Mère, car nous partagions alors un point commun unique au monde ; nous aimions Monsieur Père. Alors malgré les mises en garde de Madame Mère, je t'ai accompagnée, sous cette pluie battante, traverser sans échanger un mot la France entière, pour aller le soutenir. Et quand tu travaillais, qu'il m'appelait, qu'il me parlait parfois de Madame Mère, qu'il errait à cœur ouvert, des heures durant dans les méandres de son subconscient, je t'appelais immédiatement, pour que tu ailles vite le chercher et le ramener à la maison.

 

Je suis celui dont le seul reproche jamais formulé à votre égard, à tous, tient en une phrase. "Maman, n'oublie pas que tu parles de mon Père, s'il te plaît." Ma seule présence à vos côtés aurait du suffire à vous le rappeler. Pour la vie. 

 

Je suis celui qui admet avoir du mal à vous avoir vu au mariage de Monsieur Frère, tous les trois dans le même cadre, rire de la robe de la nouvelle venue dans la famille. A avoir mal vécu que vous me disiez, chacun de votre côté, que c'est à cause de l'autre si ce genre de moment n'est pas arrivé plus tôt. Alors que je suis celui qui, cinq ans avant, le seul de la famille a être réellement affecté par la disparition de l'arrière-grand-mère, a passé trois jours à parlementer pour organiser une parodie d'enterrement, chacun d'un côté de l'église en face de laquelle était sise sa maison hantée des souvenirs de la défunte.

 

Aujourd'hui, Monsieur Frère organise deux anniversaires pour ses enfants. Parce que "c'est plus simple comme ça". A sa décharge, ce n'est pas lui que Madame Mère appelle pour se plaindre d'être invitée au "petit goûter, alors que Monsieur Père, qui n'a jamais rien fait, a tous les honneurs". Éternel bégaiement.

 

Je suis enfin celui qui, voilà quelques semaines, a dû appeler Monsieur Père parce que, gag ultime, Madame Mère avait perdu le jugement de divorce. Vingt-sept années ont passé depuis que vous avez officialisé votre séparation ; je suis encore et toujours le témoin de votre désamour.

 

Un fœtus, c'est un cocktail de gamètes. Un enfant, c'est de l'amour. Dans vos rivalités, vos jalousies, vos rancœurs qui font passer nos drames de cour de récré pour des échanges entre Socrate et Xénophon, n'oubliez pas, Madame Mère, Madame Belle-Mère, Monsieur Père, Monsieur Beau-Père, que nous avons besoin de vous. Que nous épongeons les mots, les sarcasmes, les vilénies. Que nous nous construisons une vision du couple, de la famille, de l'amour autour, en référence à votre modèle (plutôt en opposition, en l’occurrence). 

 

Je ne vous ai jamais dit cela, car vous m'avez appris à me taire. 

 

Je suis celui qui n'a rien oublié. 

 

Je suis celui qui vous aime.

 

Je suis le fils ; je suis le beau-fils.

 

@NoeBishop"

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Publié par vivelescelibattantes - dans Quotidien
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commentaires

Miss Alfie 19/04/2013 15:53

La place des parents, je suis mal placée pour la saisir. Je n'ai pas d'enfant, je ne compte pas en avoir. Par contre, celle d'enfant de divorcés, je la connais, avec ses travers et ses
difficultés,
ce rôle d'intermédiaire involontaire...
Merci pour ce texte, même si je n'ai pas vécu les mêmes choses, je m'y retrouve. J'ai une boule dans la gorge, des larmes dans les yeux quand j'y repense.