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  • : Les tribulations d'une mère devant gérer boulot, vie perso, vie familiale et schtroumpf
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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 18:32

Cet appel, je m'en souviens comme si c'était hier.

C'était un soir de novembre, j'avais couché la Schtroumpfette, je regardais la TV, l'Ex était à un dîner d'affaires.

Et puis le téléphone a sonné. Pour certaines personnes, mes sonneries sont personnalisées, j'avoue, j'aime bien. Sans regarder, je savais que c'était mon grand frère qui me téléphonait.

 

Vu l'heure, je savais également ce pourquoi il m'appelait. Je savais ce qu'il allait m'annoncer avant même de décrocher. Je savais, au moment où je lui ai dit "allo" avec des trémolos dans la voix, ce qui allait s'ensuivre.

 

Mon grand père venait de décéder.

 

Cet appel, j'y étais préparée depuis des mois, des années même. Plusieurs fois, j'étais montée en urgence du sud pour pouvoir lui dire au revoir. Et puis, il s'était toujours remis. Alors on finit par espérer, un peu quand même.

Il était malade, je savais, nous savions tous, que ce n'était qu'une question de temps. Et puis, à 94 ans, il avait eu une vie magnifique, mouvementée certes, mais terriblement belle : des enfants, des petits enfants, des arrières petites filles qu'il a eu la chance de connaître, et sa femme de toute une vie, ma grand mère.

 

J'ai raccroché, puis j'ai appelé ma mère. Oui, à cet instant là, j'avais besoin de ma mère. Et puis je me suis mise à pleurer.

Et le passé est venu, de plein fouet, se rappeler à moi.

 

Je le revois, si beau, si fort, s'écrouler de rire quand petite, il me faisait danser devant sa télévision, son chapeau, trop grand, sur ma tête.

Je le revois, s'occuper de son jardin, en marcel avec son pantalon de toile et ses bretelles, et toujours, ce chapeau sur la tête.

Je le revois parler à ma grand mère en espagnol, pour que nous, petits, nous ne comprenions pas ce qu'il lui disait.

Je le revois s'énerver contre nous, ses petits enfants, parce qu'on faisait des bêtises.

Je le revois nous raconter comment il était arrivé en France, fuyant la Guerre civile espagnole et Franco, comment il avait connu les camps sur les plages d'Argelès sur Mer, comment il avait rencontré ma grand mère en France, fuyant elle aussi le même régime et leur belle Espagne.

Je le revois nous parler de Granada, sa ville, son âme, ses racines, les miennes aussi.

Je le revois, lui le patriarche, à la façon de Don Corléone, nous dire à nous tous, pourtant devenus majeurs : "vous n'êtes que des bébés, j'ai raison et vous avez tort".

Je le revois faire éclater un "scandale" dans ma famille lorsqu'il apprit que j'avais un petit copain. Il ne m'en a jamais parlé, en revanche, père, oncle, frère et cousins en ont entendu parler en long, en large et en travers...

Je nous revois, nous tous, le taquiner quand il parlait en français avec son accent espagnol.

Je le revois, souriant, avec dans ses bras la Schtroumpfette, âgée de quelques semaines.

 

Je le revois, tous les jours, toujours...

 

C'est fou ce qu'un appel téléphonique peut être aussi redouté que redoutable. Ce torrent d'émotions, tu n'y es jamais complètement préparé.

 

Cet appel téléphonique, je l'ai encore eu, en mai.

 

Cet appel téléphonique, je l'ai encore eu, ce matin. Pour ma grand-tante. La seule personne que je connaisse qui parlait français avec un accent mélangé d'espagnol et du Gers, mélangeant les mots français, espagnols et le patois.


Je l'attendais aussi cet appel malheureusement.

Je l'attendais, mais pas si tôt, pas aujourd'hui, pas maintenant.

Je le voulais dans quelques mois, égoïstement.

Parce que même si tu sais que cet appel téléphonique va arriver un jour, tu veux grapiller du temps avec les tiens, égoïstement, ou pas d'ailleurs. Tu veux encore profiter d'eux.

Des appels comme ceux-là, j'en redoute encore, tous les jours. Je sais qu'ils vont arriver et je ne peux rien contre ça.

Je ne peux rien sauf aimer les miens et le leur dire, et ne pas les oublier, jamais.

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Publié par vivelescelibattantes - dans Général
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Naddie 27/08/2012 13:26

J'ai pleuré en te lisant. Pour moi cet appel remonte à 5 ans. Je pleure encore parfois. Récemment ma grand-mère a été hospitalisée. Tout est remonté.
Mon grand-père, que j'aimais tant, dont on était la fierté sans limite, n'aura jamais connu ma puce. Le jour où elle est née, j'ai d'abord pensé à lui. A cette enfant qui ne connaitrait jamais
l'homme génial qu'il était. A ce grand père qui n'aura jamais connu la plus belle chose qui me soit arrivée. A cette foutue maladie qui a rendu ça impossible.
Je suis une cartésienne pure et dure. Mais parfois, de tout mon coeur, j'espère qu'il me voit quelque part. Qu'il nous voit. Et qu'il est toujours aussi fier.
J'arrête, les larmes coulent sur mon clavier...
Bravo pour cet hommage si beau, si vibrant, si vivant.