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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 14:24

Je suis avocate. Voilà c'est dit, le mot est lâché.

Je suis révoltée / consternée / affligée, ne rayez aucun mot.

J'aime ma profession, profondément, avec ce qu'elle comporte de difficultés, de stress, d'angoisse, de succès et d'échecs. Mais également de belles choses. Car ma profession est belle.

D'aucuns m'ont souvent demandée "mais comment tu fais pour défendre des violeurs / pédophiles / assassins ?".

Alors, primo, ce n'est pas forcément mon contentieux de tous les jours. Secundo, tout un chacun, quel qu'il soit, a droit d'être défendu au cours d'un procès équitable.

Voilà, le mot est lâché : "droit d'être défendu".

Mon dieu, mais quelle horreur ! Comment ! Les pédophiles / assassins / violeurs / mécréants / méchants / bandits ont droit d'être défendus ?

Oui, ils ont droit.

 

Et c'est manifestement là que le bât blesse. Enfin, pas pour tout le monde. Pour certains dénués de faculté de réflexion.

J'avoue que l'actualité n'aide pas à comprendre. Il y a eu récemment le procès à Créteil de ces viols collectifs au cours duquel des acquittements furent prononcés et, pour 4 des accusés, des peines jugées clémentes par beaucoup, furent prononcées.

Mon propos n'est absolument pas de revenir sur ce procès. Je n'y étais pas, je ne connais pas le dossier et je n'étais pas parmi les jurés devant se prononcer sur la culpabilité, ou non, des accusés et, en cas de culpabilité, sur la peine devant être infligée.

L'émotion se dispute sur ce dossier au juridique.

 

De nombreux commentaires ont été émis, sur le net, sur les réseaux sociaux, sur les ondes, dans les médias, à propos de cette décision : incomprise pour certains, scandaleuse pour d'autres, injuste pour d'aucuns, et, pour les avocats de la défense, tout à fait acceptable.

 

Et puis, ce matin, regardant mon "fil twitter", je tombais sur cet article : "Jugé pour le viol de son avocate".

Si les faits sont graves, on parle d'un viol, les commentaires sous cet article m'ont glacée / consternée / affligée.

Par exemple : "Aucune compassion pour cette avocate qui a défendu ce mec pour qu'il ne soit pas condamné pour le vol avec violence sur une jeune femme. Au moment de sa plaidoirie a-t-elle eu une pensée pour la jeune femme ?

Aujourd'hui à son tour victime de cet individu elle devra entendre l'argumentation du nouvel avocat de Fradi qui mettra en doute ses déclarations et clamera l'innocence de son client.
Joli retour de bâton".

 

Et des commentaires comme celui-là, il y en a beaucoup. Trop, malheureusement beaucoup trop.

Et ces commentaires m'interpellent, toute avocate que je suis, avocate principalement civiliste certes, mais également pénaliste. Avocat pénaliste en défense mais également pour les victimes.

Parce que, contrairement à cette espèce de croyance populaire, nous sommes avocats et nous pouvons intervenir pour les prévenus / accusés / mis en examen mais également pour les victimes.

 

Non cette avocate, qui a défendu parce que c'est sa profession, qu'elle a choisi et embrassé, pour laquelle elle a fait des études, pour laquelle elle a passé deux concours, un d'entrée à l'école des avocats, et l'autre de sortie, pour obtenir le CAPA (certificat d'aptitude à la profession d'avocat), qu'elle exerce très certainement conformément au serment qu'elle a prêté, ne mérite pas ce qui lui arrive.

 

Non Mesdames, Messieurs, défendre des personnes que vous, vous considérez coupables (alors même que vous ne connaissez rien du dossier, du vécu, de la personnalité du mis en cause, si ce n'est ce que vous lisez dans les médias) n'est pas un tort pour cette avocate.

Non Mesdames, Messieurs, cette avocate ne méritait pas d'être violée sous prétexte qu'elle avait défendu quelqu'un qui, après délibéré, n'a pas été en prison.

S'il vous plaît, un peu de retenue, un peu de recul. La vérité judiciaire n'est pas celle que vous lisez dans les journaux !

 

Je suis effarée de lire, sur twitter, des personnes qui osent prétendre qu'il faut réagir avec "humanité" et non pas en droit. Et qui de facto, écartent l'application de la loi pénale.


Permettez moi de rappeler certaines choses : que cela nous plaise ou non, nous sommes un état de droit. L'émotion a droit d'être présente mais ne doit pas guider le jugement ou l'arrêt qui va être rendu.

 

Je me souviens d'un principe que j'ai appris, étudiante que j'étais, sur les bancs de la fac, me destinant à l'avocature.

Ce principe, c'est celui de la personnalisation de la peine.


Que d'aucuns s'offusquent que les peines soient trop légères, inadaptées, que les magistrats soient laxistes, inexpérimentés, seuls ceux qui ne pratiquent pas quotidiennement, ne font pas profession ou même, ne viennent pas voir ce qui se passe dans les audiences publiques, ne peuvent effectivement comprendre.


Oui ce principe existe. Il existe d'autant plus que parfois, entre la date de commission des faits reprochés et le jugement de l'auteur, plusieurs mois, voire plusieurs années se passent.

Et le temps passant, les personnes ont évolué, changé.

Et oui, nous Avocats mettons en avant ce changement. Pire, nous le prouvons dans nos dossiers de plaidoirie. Pire, nous le plaidons.

Et oui, eux Magistrats, prennent en compte dans le prononcé de la peine, ce changement. Car lorsqu'ils doivent se prononcer, les Magistrats appliquent également ce principe de personnalisation des peines.

Pire, lui, Procureur, chargé de "proposer" une peine, va également prendre en compte ce changement.

Laxistes, de connivence, insupportable ? (oui j'ai lu tout ça dans des commentaires). Non, application de la loi pénale et des principes applicables.

 

Il est très facile de se cacher derrière un pseudo, sur twitter ou dans des commentaires sous un article, pour réclamer le rétablissement de la loi du Talion ou pour dire "tu n'as que ce que tu mérites".

A ceux là, je ne souhaite d'avoir ni besoin d'un Avocat un jour, ni de passer devant un Juge car alors ils comprendront (s'ils en sont capables, ce dont je doute réellement) l'énormité de leurs propos, les inepties qu'ils ont colportées.

 

Je suis avocate et fière de l'être. Et de tels propos, s'ils m'exaspèrent, me glacent, m'irritent, me poussent également dans la vocation qui était mienne, défendre.

Parce que défendre ne veut pas seulement dire défendre des prévenus, accusés ou mis en cause. Défendre c'est aussi s'occuper des victimes.

Mais défendre, ce n'est pas que du pénal. C'est aussi ce locataire qui risque une expulsion pour des loyers impayés et pour lequel on se bat à l'approche de l'hiver.

Défendre, c'est aussi ce père de famille qui souhaite une résidence alternée lorsque son ex concubine s'y oppose juste pour "l'embêter".

Défendre, c'est aussi cette famille, dont 2 enfants sont français, alors que les 3 aînés, nés en sol étranger, se voient opposer un refus de titre de séjour.

Défendre, c'est aussi cette jeune femme dont l'employeur refuse de payer les indemnités de fin de contrat.

 

Et c'est aussi ça qui fait la beauté de ma profession.

Je suis avocate et je suis fière de l'être.

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Publié par vivelescelibattantes - dans Coups d'gueule
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commentaires

Laetitia 28/10/2012 22:48

Je suis étudiante en droit souhaitant moi-même devenir avocate. Lire votre article est une découverte pour le métier auquel je me destine. Je ne pensais pas que l'on pouvait aller si loin par
opposition à une décision de justice (l'affaire du viol). Je crois que la plupart des individus pensent qu'un criminel ira forcément en prison pour le reste de sa vie, et que la victime obtiendra
réparation de son préjudice. Or, lorsque les choses ne se déroulent pas "comme cela", les médias se déchaînent et les insultes fusent. Votre coup de gueule ouvrira peut être les yeux des plus
révoltés contre la justice... En tout cas, vous m'avez donner envie de suivre votre blog, continuez ainsi! Laetitia

Grumpfff 13/10/2012 17:16

Bonjour,
La nécessité d'un avocat, quel que soit le cas, est à mon sens une importante, ne serait ce que pour équilibrer les "forces" en présence en matière de droit. Laisser le "mis en cause" seul, face
aux juges et procureurs aurait un effet désastreux. Cette balance symbole de justice aurait un air... penchée.
On peut toujours rétorquer que dans certains cas, il ne devrait pas... Non... je persiste à vouloir croire en une justice équitable pour tous.

vivelescelibattantes 13/10/2012 17:47



Et je ne peux que te donner raison ! Nécessité d'un Avocat, de Magistrats aussi. La Justice doit être la même pour tous, avec tout ce que cela comporte, donc Avocats compris



NicoCreas 13/10/2012 16:43

"Aucune compassion pour cette avocate qui a défendu ce mec pour qu'il ne soit pas condamné (...)" (issu du commentaire cité)

Tout à fait d'accord avec ce qui a été dit, cependant, il faut aussi rappeler (mais peut-être me trompe-je, n'étant pas avocat, auquel cas, je fais confiance aux personnes qui passeront pour
m'éclairer) que l'avocat n'est pas la forcément pour que son client "ne soit pas condamné" mais plutôt pour obtenir, en fonction du droit et de sa personnalité, la peine la plus juste, celle-ci
n'étant pas systématiquement l'acquittement (même si c'est sans doute ce que le client voudrait).

vivelescelibattantes 13/10/2012 16:53



tu as entièrement raison : lorsque les éléments sont suffisamment probants pour qu'une condamnation soit prononcée, l'Avocat tentera d'obtenir la peine la plus juste possible en fonction de la
personnalité du prévenu, son insertion sociale (emploi, famille) et les Magistrats en tiendront compte également.


Il est des dossiers où la relaxe ou l'acquittement ne sont pas envisageable.